Les étapes de production

La céramique est une activité passionnante mais qui demande beaucoup de patience et de persévérance, pour diverses raisons.

Les matières premières sont capricieuses, chaque étape peut réserver son lot de surprises, que ce soit de l'émerveillement comme de la frustration.

Il faut souvent compter plusieurs semaines entre le début de façonnage d’une pièce et sa sortie du four. Pourquoi un délai si long ?

Je vous emmène dans les coulisses de la production avec quelques explications résumées.

Une première étape essentielle : la préparation de la terre

Tout commence avec un pain d'argile fraîche. La terre est à ce stade dite "plastique" : on peut la déformer.

C'est parti, on enfile son tablier, on prépare une balle de terre avec le poids souhaité, et c'est là qu'une étape primordiale arrive : le pétrissage. Pétrir une terre permet non seulement d’homogénéiser sa structure mais aussi de faire disparaître les potentielles bulles d’air présentes dans l'argile. La bulle d'air est un ennemi du potier, elle peut fragiliser les parois lors du façonnage, et, dans les cas extrêmes, éclater lors de la cuisson.

Il existe plusieurs techniques de pétrissage dont la technique du "bélier" que vous pouvez apercevoir sur cette première photo.

Le façonnage / Tournage

Il existe plusieurs techniques de façonnage : le tournage, le modelage et le moulage. Il est complètement possible de combiner les techniques ce qui rend une pièce toujours plus unique ! Tout dépend de l'envie du céramiste et de la technicité requise pour créer l'objet. Personnellement j'utilise uniquement le tournage et modelage.

Tourner une pièce signifie la façonner sur un tour de potier. Cette technique a l’air simple en regardant un/e céramiste à l’oeuvre, mais méfiez-vous des apparences, le tournage est très technique et il faut des mois de pratique intensive voire années pour le maîtrisier.

Le Façonnage / Le modelage

J'utilise trois techniques de modelage :

Le pincé, qui consiste à venir pincer la terre avec ses doigts pour façonner un objet. On peut lisser la surface ou laisser les traces de doigts qui apporte du relief à l'objet.

Le colombin, qui est une technique primitive qui consiste à venir rouler des boudins de terre plus ou moins large/long, de les disposer les uns sur les autres pour construire la forme puis venir “racler” les bordures avec les doigts ou outils pour créer une masse. Cela permet de façonner des objets asymétriques.

La plaque, dont le but est de créer des plaques d’argile (en général avec un rouleau à pâtisserie et des tasseaux de bois à la hauteur souhaitée) puis de venir assembler les plaques ensemble. On peut venir retravailler la masse ensuite.

LE TOURNASSAGE

Une fois qu’une pièce est façonnée, elle reste extrêmement fragile car la terre est encore fraîche. Elle doit sécher pour atteindre une consistance dite "cuir" : l'argile doit être assez sèche pour être manipulée sans se déformer, mais sans trop l'être sous peine de devenir friable et se briser lors de la manipulation.

Le tournassage est une étape de finition où de nombreuses actions peuvent être effectuées selon les envies comme affiner une pièce, creuser un pied, ajouter une anse, creuser la terre avec un outil pour apporter du relief...

Le séchage complet avant cuisson

Le séchage complet est essentiel avant que la pièce ne parte en cuisson. Si une pièce encore trop humide est mise dans le four, elle explosera pendant la cuisson, ce qui détruira les pièces disposées autour d’elle et endommagera les résistances du four qui sont très onéreuses à remplacer !

Selon la température de l'atelier, le taux d’humidité dans l’air, la taille de l'objet… le séchage peut durer une journée, plusieurs jours voir semaines ! Si une pièce sèche trop rapidement, elle peut fissurer, c’est pourquoi on dispose généralement des bâches en plastique par-dessus les pièces, ce qui permet un séchage plus lent et homogène.

Le saviez-vous ? L'argile, tant qu'elle n'est pas cuite, est recyclable à l'infini !

La première cuisson

J’utilise uniquement du grès haute température. La première cuisson, dite “biscuit” ou “dégourdi” dure une dizaine d'heures mais il faut compter environ 36 heures entre le moment où on lance le four et son ouverture. La température monte par palier grâce à des résistances et briques réfractaires, jusqu'à un pic de cuisson aux alentours de 980 degrés, puis redescend très lentement.

Le but de cette cuisson est de solidifier les pièces. A une certaine température, la structure physico-chimique de l’argile se modifie, elle devient solide et ne sera plus jamais plastique. A ce stade, elle reste encore un peu poreuse, ce qui va permettre d’appliquer des émaux (les couleurs) sans que l’objet ne se casse.

L'application des émaux

Les émaux sont un mélange de minéraux, d’oxydes et d’eau. A haute température ils vitrifient et changent de couleurs. Ce sont des matières premières chimiques toxiques à l’état de poudre, c’est pourquoi il est important pour le/la céramiste d’utiliser un masque et des gants pour les manipuler. C’est une étape très technique. Il existe des émaux déjà préparés par des fournisseurs, mais il est également possible de faire ses propres recherches et créations, ce qui requiert des bases solides en chimie. Pour le moment j'utilise des émaux déjà préparés mais je compte suivre une formation pour apprendre à faire mes propres recherches.

Pour appliquer un émail sur un objet, différentes méthodes existent, dont le trempage. Après avoir bien remué le mélange liquide, on vient tremper sa pièce dans l’émail , à peine quelques secondes. Le liquide vient se coller sur les parois encore poreuses de la terre, et va devenir une poudre en quelques minutes. C'est cette poudre qui va vitrifier pendant la seconde cuisson.

La deuxième cuisson

Une fois que les émaux sont appliqués, les pièces repartent au four pendant environ 36h avec un pic de cuisson à près de 1280 degrès (En guise de comparaison, la température de la lave est d’environ 1000 degrès). A une certaine température, les émaux fondent, changent de couleur et se vitrifient comme du verre. C’est ce qui va notamment permettre à un vase d’être étanche ou à la vaisselle d’être alimentaire (sous réserve que l’émail utilisé soit conforme aux normes alimentaires).

Si vous avez des céramiques chez vous, retournez-les, vous verrez que le pied de votre objet (la partie qui est posée à plat sur une surface) n’est jamais émaillé. Comme expliqué ci-dessus, les émaux vitrifient comme du verre, les pièces fusionneraient/resteraient collées à la plaque de cuisson si le pied n’était pas désémaillé.

Les émaux sont très capricieux. Il suffit que l’application sur la terre n’ait pas été assez longue ou au contraire ait été trop longue de quelques centièmes de secondes, que deux émaux réagissent mal ensemble lors d’une superposition, ou encore que deux objets de deux couleurs différentes soient côte à côte dans le four et se polluent entre-elles (pour ne donner que quelques exemples), et c’est la catastrophe à la sortie du four !

C’est donc toujours un mélange d’excitation et d'appréhension quand un four est terminé et qu’on découvre ses pièces !